Tjorven Bruyneel

Photo : Tjorven Bruyneel ©

Untitled Happiness

Vers la fin du 19ème siècle, pendant la ruée vers l’or, Johannesburg est devenu et resté une métropole instantanée, cristallisant un camp minier en une ville de pierre et de stuc.
Il faut dire que le développement urbain en Afrique du Sud ne peut pas être entièrement compris sans comprendre son caractère racial. Sous l’apartheid, l’espace public et la vie urbaine étaient codés par couleur.
Historiquement, les populations blanches étaient considérées comme les citoyens de villes coloniales. Les gens de couleur étaient des habitants provisoires, des manœuvres, utiles seulement pour la durée de leurs années économiquement actives et ils ne pouvaient ainsi jamais vraiment avoir une maison dans les villes. Ainsi des townships ont été créées pour les Noirs, les séparant des quartiers résidentiels blancs par des zones tampons. Noirs et blancs ont beau avoir vécu côte à côte, le monde qu’ils ont habité a signifié des choses très différentes.

Où ils pouvaient vraiment se croiser, un appareil administratif entier de lois, de statuts, d’interdictions et de punitions a été mis en oeuvre.
Ce démenti de droits communs a produit une ville double et une nation double, des mondes urbains divers existant côte à côte dans le même espace géographique.

La vie à Johannesburg aujourd’hui, pour avoir habité les ruines de l’apartheid, expose un certain nombre de contradictions.

Avec la fin de l’apartheid les espaces publics sont vus et éprouvés par beaucoup comme hors de contrôle et dangereux.
La crise sécuritaire qui fait apparaître un grand nombre de mesures de sécurité privatisées et a été le commencement du développement d’enclaves résidentielles protégées et de centres commerciaux ou une classe aisée circule. Ils offrent l’occasion d’oublier ce qui serait la racialité de la ville en regardant par les miroirs magiques d’un passé gelé et imaginaire.

Ces structures d’habitats par regroupement, rythmées d’artères de grande circulation, où entrées et sorties offrent peu de chance aux rencontres amicales à l’extérieur de l’enclave résidentielle protégée. Perversement, les riches et les faible partagent un trait commun : Les deux présentent une mobilité limitée à travers la ville. La classe moyenne vit autour de parcs de bureaux, d’axes routiers avec centres commerciaux de bande et établissements de services publics. Ces environnements sont hors de portée des pauvres, permettant à la classe moyenne de mener une vie en grande partie inchangée malgré le déploiement d’une crise de pauvreté et d’inégalité.
Ces laissés pour compte, malgré une législation contre la discrimination, rassemblés dans des townships et des habitats informes, sont accablés par le manque d’accès aux services de base, à la mobilité, à l’emploi et aux opportunités d’apprentissage.

 

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Exposition à la Grande Barre (CPAS)
Rue de la Siroperie, 7 (troisième étage) à 4630 Soumagne